NOTE – L’élection présidentielle américaine de 1928

À la suite de notre émission Élection marquante, retrouvez dès à présent notre note historique sur la présidentielle américaine de 1928. Ce scrutin se déroule alors que les Etats-Unis sont en plein essor économique, à quelques mois de la Grande dépression.


► Un scrutin méconnu, quoique original

Bien que peu connue, l’élection présidentielle américaine de 1928 n’en reste pas moins une élection marquante. Cet aspect marquant n’est pas tant le fait de son vainqueur, Herbert Clark Hoover (1874-1964) que du fait de l’atypicité de son challenger, Alfred Emmanuel Smith (1873-1944), grand notable démocrate du Sud et, surtout, premier candidat catholique à une présidentielle aux États-Unis. Le contexte particulier de la Prohibition, qui interdit la production et la consommation d’alcool depuis 1919, est également d’une grande importance, pour comprendre cette campagne, et ce scrutin. Sur ce terrain, Smith accumule les maladresses, tandis que Hoover engrange les succès.

La bipolarisation du champ politique américain entre le Republican Party (Parti républicain) et le Democratic Party (Parti démocrate) existe d’ores et déjà à cette époque. Il recouvre cependant des modalités différentes de ce qu’elles seront par la suite, notamment en termes géographiques et programmatiques.

In fine, démocrates et républicains s’affrontent quasiment seuls depuis 1856, dans un bipartisme confortable, occasionnellement perturbé par un tiers-parti de toute manière inoffensif en général. Ces candidats de témoignage sont Millard Filmore de l’American Party (Parti américain) en 1856, environ 870 000 suffrages exprimés, soit 22 %, et huit grands électeurs, John Cabell Breckinridge du Sudist Democratic Parti (Parti démocrate sudiste) en 1860, environ 850 000 suffrages, soit 18 % et soixante-douze grands électeurs, ainsi que John Bell du Constitutional Union Party (Parti constitutionnel de l’Union), environ 590 000 suffrages, soit 13 %, et trente-neuf grands électeurs, Horace Greeley du Liberal Republican Party (Parti républicain-libéral) en 1872, faute de participation des démocrates, environ 2,8 millions de suffrages, soit 44 %, et trois grands électeurs, James Weaven du Populist Party (Party populiste) en 1892, environ 1 million de suffrages, soit 9 % et vingt-et-un grands électeurs, l’ancien président Theodore Roosevelt, du Progressist Party (Parti progressiste), scission des Républicains, en 1912, environ 4,2 (?) millions de suffrages, soit 27 %, et quatre-vingt-huit grands électeurs, Robert La Follette des mêmes progressistes en 1924, environ 4,8 millions de suffrages, soit 16 % et treize grands électeurs.

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► Les hommes : Hoover et Smith

Dans le détail, qui sont les hommes de la présidentielle américaine de 1928 ? Il s’agit, comme il est d' »usage », dans le système américain, de deux notables de la classe politique.

Herbert Hoover, candidat républicain, est issu d’une famille quaker modeste, vivant à West Branch, dans l’Iowa. Dès dix ans, il est orphelin de ses deux parents ; son oncle l’élève alors, l’emmenant à l’autre bout du pays, en Oregon. Délaissé par ce nouveau tuteur, il cumule cours du soir et un emploi de bureau chez son oncle. Dilettante, il fait de vagues études de géologie, à la Stanford University, en Californie, puis ouvre une blanchisserie et une agence de conférenciers. En parallèle, il paie ses études en devenant dactylo pour son professeur. Diplômé en 1895, Hoover se marie et part pour la Chine, où il devient ingénieur-minier. Il est alors témoin de la révolte des Boxers, et se pique de curiosité pour l’aide humanitaire.

Son affiliation aux Quakers facilite pour beaucoup ce penchant pour l’humanitaire. La Première guerre mondiale lui permet de s’y engager pleinement. Le gouvernement américain l’approche alors pour assurer des missions de ravitaillement en Europe. Sa première tâche est de coordonner l’aide alimentaire pour la Belgique. En 1917, le président américain, Woodrow Wilson, le propulse secrétaire à l’Agriculture.

Les gouvernements ultérieurs, après-guerre, en font un secrétaire au Commerce dont l’action est louée, notamment parce qu’elle s’affranchit de tout sectarisme. Par exemple, en 1921 Hoover assume d’aider la Russie, mise en famine par les bolcheviques, malgré l’inimitié idéologique des Américains.

Alfred Emmanuel Smith, candidat démocrate, est issu d’une famille d’origines mêlées (Irlandais, Germaniques, Italiens, Anglais) vivant dans le Lower East Side, à New-York. Comme Hoover, il est orphelin – mais seulement de père – dès son enfance. A quatorze ans, Smith doit abandonner l’école et aider sa famille. Autodidacte, il vit d’un petit boulot obtenu au marché de poissons de Fulton, dans le Bronx. Il gagne alors 48 dollars par mois (pour comparaison, dans les années 1890, un tisseur américain gagne environ 45 dollars par mois, un ouvrier du bâtiment, environ 100, un ouvrier qualifié, environ 130, un lamineur, un peu plus de 300 ; en moyenne, un salaire américain est alors de 60 dollars mensuels). Ce sont manifestement de ces années de débrouille que datent les talents d’orateur et de meneur, chez Smith.

Ce passé atypique lui permet aussi, rétrospectivement, de s’appuyer sur d’authentiques origines ouvrières et d’une proximité sincère avec les travailleurs immigrés. Smith n’en reste pas moins lié au clientélisme de la Tammany Society, qui cornaque les démocrates new-yorkais depuis des décennies.

Permanent politique à partir de 1895, Smith est élu par la suite à l’Assemblée de l’Etat de New-York. Ses premiers faits d’armes politiques confirment son inclination ouvriériste : il défend ainsi les familles des travailleurs décédés de l’usine du Triangle Shirtwaist (une centaine d’entre eux ayant péri dans un incendie). La victoire des démocrates new-yorkais, en 1911, permet non seulement la réélection de Smith mais encore, lui donne la présidence d’un Committee (comité). Toutefois, une victoire républicaine, quelques mois plus tard, le cantonne au rôle, prestigieux toutefois, de Minority Whip (meneur de la minorité). Une nouvelle victoire démocrate le fait Speaker, puis de nouveau Minority Whip. Elu shériff du comté de New-York en 1915, Smith se pique de progressisme, et s’entoure d’une adjointe juive, Belle Moskowitz (1877-1933). C’est d’ailleurs l’appui de l’électorat juif qui le fait élire gouverneur de New-York, de même que celui du Tammany, qui livre le vote des communes du Nord de l’Empire State : Syracuse, Rochester et Watertown, notamment. Nouvel homme fort des démocrates new-yorkais, le gouverneur peut se permettre de rompre avec William Randolph Hearst (1863-1951), magnat de la presse et pilier de la fraction populiste des démocrates locaux. Echouant à se faire réélire, il est toutefois de nouveau désigné par le peuple en 1922, puis constamment réélu.

On le voit donc, les parcours de Hoover et de Smith sont très dissemblables. Hoover se construit durant la Première guerre mondiale, comme un travailleur discret au service du Gouvernement, homme de cabinet, sans jamais avoir été élu. Smith est engagé en politique dès les années 1890, engrange fonctions et mandats électifs dans l’Etat le plus peuplé du pays (?). Ces différences entre le technocrate Hoover et le politicien Smith sont bien sûr au cœur de la campagne de 1928, qui, au reste, les exacerbe.

► La campagne de 1928

Les deux principaux partis investissent officiellement leurs candidats lors de grandes conventions : Hoover le 14 juin 1928, Smith le 20 janvier 1928. Lorsqu’il est investi candidat par les républicains, Hoover déclare que « Les Américains sont aujourd’hui plus près de vaincre la pauvreté que n’importe quelle autre nation dans l’Histoire« . Le fait que Hoover soit membre de l’administration sortante et qu’il n’ait jamais été candidat lui rend théoriquement la tâche difficile. Pour autant, la prospérité de l’économie américaine d’après-guerre lui rend de grands services, de même, les sentiments hostiles au catholicisme d’une partie conséquente de l’électorat condamnent Smith a priori.

Comme nous l’indiquions en introduction à cela se surajoute la question de la Prohibition, qui, depuis huit ans, interdit la consommation et la production d’alcool, dans le cadre du Volstead Act. Initialement partisan d’un assouplissement voire de la fin de la Prohibition, Smith doit cependant bien prendre en compte le statut constitutionnel des lois d’interdiction de l’alcool et les divisions entre démocrates du Nord et du Sud concernant ce sujet. Il esquive dont cette question durant sa campagne, ce qui le fragilise d’autant plus.

A cela, rappelons que Smith n’est pas le politicien inamovible que l’on croit. Dans un passé, il est battu à deux reprises : pour rappel, lors des élections gouvernatoriales de 1920 – les New-Yorkais désignent l’avocat républicain Nathan Miller (1868-1953) – mais également lors de la campagne présidentielle de 1924, durant laquelle les démocrates lui préfèrent comme candidat John William David -(1873-1955), ancien ambassadeur au Royaume-Uni.

Smith a toutefois quelques atouts dans son jeu. Le premier est son colistier, logiquement complémentaire, comme il est d’usage dans la politique américaine. Le candidat démocrate à la Vice-présidence est ainsi un grand notable du Sud, Joseph Taylor Robinson (1872-1937), sénateur de l’Arkansas. De même, la foi catholique de Smith lui permet de capter l’essentiel de ce vote non négligeable, représentant un quart du corps électorat, soit environ 16 millions des 65 millions d’électeurs inscrits.

Face aux démocrates, Herbert Hoover propose un ticket avec Charles Curtis (1860-1936), sénateur du Kansas.

Diverses petites candidatures sont également à signaler. En effet, en marge des candidatures des deux grands, se présentent notamment les socialistes Norman Thomas (1884-1968), de New-York et Verne Reynolds du SLP, venu du Michigan,  le communiste William Foster (1881-1961) du Massachusetts, William Varney (1884-1960) du Prohibition Party, de New-York, Frank Webb, vivant en Californie et représentant un mouvement agrarien, le Farmer Labor Party.

► Les résultats

L’unique tour de scrutin, le 5 novembre, donne une nette victoire à Hoover, aussi bien en termes de suffrages du vote populaire qu’en nombre de grands électeurs. Le candidat républicain obtient ainsi 21,4 millions de voix, soit 58 % des exprimés. Smith finit deuxième, avec 15 millions de voix, 41 %. Les petits candidats se partagent donc les miettes, pas même le centième des électeurs exprimés : Thomas obtient 270 000 suffrages (0,70 %), Foster, 49 000 (0,10 %), Reynolds, 22 000 (0,06 %), Varney, 20 000 (0,05 %), Webb, 6 400 (0,02 %). D’autres candidats marginaux se partagent les 320 voix restants.

Les adages de la politique américaine sont ici respectés à la lettre. Il est de coutume de dire qu’un président américain ne peut pas gagner sans le vote de la Floride : c’est chose faite pour Hoover, alors que par ailleurs Smith – et surtout son colistier Livingston – est logiquement gagnant partout dans les États du Sud-Est, inexpugnable bastion démocrate.

— Gauthier BOUCHET


BIBLIOGRAPHIE

NOTE

Dans cet ouvrage, si le personnage central reste bien sûr Svetlana Stalina, le père, Joseph Staline, prend naturellement une place prépondérante. D’une certaine manière, il s’agit d’ailleurs d’une biographie détournée de celui-ci, à travers le récit de la vie de sa fille.

Pour Svetlana Stalina, son père est « le centre d’un cercle noir, lequel tout mourait et tout était détruit », rappelle l’auteur en page 45.

[…]

La fille de Staline fait état d’un portrait étonnant du dictateur, prompt à jouer avec elle, et d’une grande complicité. A ce sujet, Kiejman fait mention d’un jeu de pouvoir et de séduction entre le père et la fille :

« La complicité est telle entre le père et sa fille, qu’il lui propose un petit jeu qui se poursuivra jusqu’aux seize ans de Svetlana. Elle est la « patronne », c’est elle qui donne des ordres  celui qui n’est que son « secrétaire », reproduisant en l’inversement le rapport hiérarchique au sommet du Parti. Ainsi, s’adresse-t-elle à lui, le 28 avril 1934 :

« Au camarade Staline, secrétaire n° 1 :

Ordre n° 5

Je t’ordonne de m’autoriser à aller au cinéma, et toi, prescris le film Tchapaïev et une comédie américaine.

Setanka, ta patronne »

[…]

« On nous faisant rentrer le communisme dans le crâne dès que bous étions dans les langes. Nous n’étions pas des nouveaux-nés, mais des « petits enfants d’Octobre », pas des écoliers, mais des « pionniers », par des étudiants, mais des Komsomol. Quand j’étais jeune, le communisme était pour moi une forteresse indestructible. Indestructible était aussi la toute-puissance de mon père, et la foi en son infaillibilité, en toutes circonstances, sans exception. »

[…]

Staline précise sa pensée en novembre 1937, dans une déclaration reproduite en page 66 du livre : « Nous devons détruire tous les ennemis du peuple, l’un après l’autre. […] Personne n’échappera aux purges. »

[…]

Sur Lavrenti Beria, le jugement de Svetlana Stalina est sans appel, et les épithètes fusent, comme l’indique l’auteur en page 69 :

« Je considère Beria plus rusé, plus perfide, plus astucieux, plus effronté, plus acharné, plus ferme, et par conséquent plus fort que mon père, qui avait les nerfs fragiles, était capable de doutes, était plus confiant, plus grossier, plus violent, et surtout plus simple. […] Beria le flattait avec une impudence proprement orientale, connaissant sa faiblesse, son amour-propre, sa susceptibilité, son déséquilibre après la mort de maman, sa profonde solitude spirituelle. »

[…]

La mort de Staline, en 1953, ne semble pas immédiatement changer grand-chose au quotidien de sa fille. L’influence du père demeure encore après sa disparition, de même, bien sûr, que les pesanteurs de la dictature soviétique. L’on comprendra ainsi mieux le besoin, pour Svetlana Stalina, d’exils successifs en Inde puis, aux Etats-Unis (celui-là, définitif), fuite en avant qui implique aussi un rejet progressif des dogmes marxistes-léninistes.