NOTE

Dans cet ouvrage, si le personnage central reste bien sûr Svetlana Stalina, le père, Joseph Staline, prend naturellement une place prépondérante. D’une certaine manière, il s’agit d’ailleurs d’une biographie détournée de celui-ci, à travers le récit de la vie de sa fille.

Pour Svetlana Stalina, son père est « le centre d’un cercle noir, lequel tout mourait et tout était détruit », rappelle l’auteur en page 45.

[…]

La fille de Staline fait état d’un portrait étonnant du dictateur, prompt à jouer avec elle, et d’une grande complicité. A ce sujet, Kiejman fait mention d’un jeu de pouvoir et de séduction entre le père et la fille :

« La complicité est telle entre le père et sa fille, qu’il lui propose un petit jeu qui se poursuivra jusqu’aux seize ans de Svetlana. Elle est la « patronne », c’est elle qui donne des ordres  celui qui n’est que son « secrétaire », reproduisant en l’inversement le rapport hiérarchique au sommet du Parti. Ainsi, s’adresse-t-elle à lui, le 28 avril 1934 :

« Au camarade Staline, secrétaire n° 1 :

Ordre n° 5

Je t’ordonne de m’autoriser à aller au cinéma, et toi, prescris le film Tchapaïev et une comédie américaine.

Setanka, ta patronne »

[…]

« On nous faisant rentrer le communisme dans le crâne dès que bous étions dans les langes. Nous n’étions pas des nouveaux-nés, mais des « petits enfants d’Octobre », pas des écoliers, mais des « pionniers », par des étudiants, mais des Komsomol. Quand j’étais jeune, le communisme était pour moi une forteresse indestructible. Indestructible était aussi la toute-puissance de mon père, et la foi en son infaillibilité, en toutes circonstances, sans exception. »

[…]

Staline précise sa pensée en novembre 1937, dans une déclaration reproduite en page 66 du livre : « Nous devons détruire tous les ennemis du peuple, l’un après l’autre. […] Personne n’échappera aux purges. »

[…]

Sur Lavrenti Beria, le jugement de Svetlana Stalina est sans appel, et les épithètes fusent, comme l’indique l’auteur en page 69 :

« Je considère Beria plus rusé, plus perfide, plus astucieux, plus effronté, plus acharné, plus ferme, et par conséquent plus fort que mon père, qui avait les nerfs fragiles, était capable de doutes, était plus confiant, plus grossier, plus violent, et surtout plus simple. […] Beria le flattait avec une impudence proprement orientale, connaissant sa faiblesse, son amour-propre, sa susceptibilité, son déséquilibre après la mort de maman, sa profonde solitude spirituelle. »

[…]

La mort de Staline, en 1953, ne semble pas immédiatement changer grand-chose au quotidien de sa fille. L’influence du père demeure encore après sa disparition, de même, bien sûr, que les pesanteurs de la dictature soviétique. L’on comprendra ainsi mieux le besoin, pour Svetlana Stalina, d’exils successifs en Inde puis, aux Etats-Unis (celui-là, définitif), fuite en avant qui implique aussi un rejet progressif des dogmes marxistes-léninistes.