NOTE — Blanche de Castille


À la suite de notre chronique littéraire, retrouvez dès à présent nos notes de lecture de l’ouvrage « Blanche de Castille », par Georges Minois, ainsi que quelques extraits marquants.


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► Précisions sur l’auteur

L’auteur de cet ouvrage paru en mai dernier aux éditions Perrin, est un historien médiéviste français, Georges Minois. Né en 1946, il est agrégé et docteur en histoire. Il effectue sa carrière au lycée Renan de Saint-Brieuc, jusqu’en 2007.

Depuis les années 1980, il est l’initiateur de biographies sur de nombreuses grandes figures politique du Moyen âge : Charlemagne, Richard Cœur de lion, Philippe IV le Bel, Bertrand du Guesclin, Charles VII le Bien servi, Charles le Téméraire, Anne de Bretagne. On lui doit également différents livres sur la perception du suicide et de l’Enfer à l’époque médiévale.

► Blanche de Castille : une biographie impossible ?

Minois signe ici une biographie difficile, sur un personnage historique peu traité jusqu’alors, Blanche de Castille (1188-1252). L’auteur résume sa pensée sur la difficulté de cette tâche dès l’introduction, en page 7 : « Une biographie de Blanche de Castille est-elle possible ?« .

Il rappelle à cet effet que le récit de la vie de cette reine de France apparaît rarement pour lui-même. Il est en réalité toujours contenu dans celui la vie de sa famille : Philippe II l’Auguste (son beau-père), Louis VIII le Lion (son mari) et Louis IX (son fils). Ainsi, Minois note qu’il n’y a pas d’ouvrages consacré à Blanche qui ait été publié sur la période 1895-2016. Encore, la biographie de 2016 est, symboliquement, un ouvrage britannique.

Plus généralement, concernant la période médiévale, Minois rappelle que l’histoire des enfants, de même que celle des femmes (a fortiori, celle des jeunes filles) n’intéresse que peu le récit des chroniqueurs. Pour illustrer son propos, l’auteur renvoie à l’analyse d’un ouvrage collectif britannique de 2005 : Writing Medieval History, 750-1250 (Écrire l’histoire médiévale, 750-1250). Minois dit de lui :

[Ce livre] « a fort bien mis en valeur [des] difficultés inhérentes à la composition d’une biographie médiévale. Les lacunes sont particulièrement étendues en ce qui concerne la période de l’enfance, au cours de laquelle se forme la personnalité. L’enfance n’intéresse pas les chroniqueurs médiévaux ; jusque vers douze ans, l’individu n’existe pas, tout comme l’enfance de Jésus, qui n’est qu’un tissu de légendes apocryphes, l’enfance des princes médiévaux n’émerge qu’à travers des anecdotes totalement inventées. L’homme ou la femme naît vers douze ou treize ans. Cette première difficulté est aggravée dans le cas des femmes. »

D’emblée, l’historien reconnaît donc la tâche ardue qui est la sienne. Cependant, Blanche, par son époque, son parcours politique et sa longévité — cinquante-deux ans à la Cour de France — s’écarte beaucoup de la zone d’ombre dans laquelle l’histoire médiévale semble habituellement confiner les femmes de son rang.

► De la Castille à la Cour de France

Blanche, née à Palencia, en Castille, est la fille du roi Alphonse VIII et — cela est important — la petite-fille d’Aliénor d’Aquitaine. C’est cette dernière qui, pour sceller la paix franco-anglaise, choisit de la marier à Louis le Lion (1187-1226), prince héritier du roi de France, Philippe-Auguste (1165-1223). Se rendant en Castille, Aliénor choisit Blanche pour ce mariage, et non sa sœur aînée, Urraque. À ce sujet, Minois fait part de la théorie selon laquelle ce choix serait dû à la consonance et la prononciation plus douces du prénom de Blanche pour les Français. Ce fait, relaté par Philippe Delorme dans Blanche de Castille, épouse de Louis VIII, mère de Saint-Louis (Pygmalion, 2002, rééd. 2015), ne semble toutefois pas complètement avéré.

Le choix étant fait de Blanche, elle et Aliénor, escortées d’une forte délégation castillane, se dirigent vers la France. Elles font d’abord escale à Bordeaux, le 9 avril 1200, puis se rendent ensuite en Normandie, où le mariage doit être célébré. En effet, par le traité de Goulet et à la suite des démêlés matrimoniaux de Philippe-Auguste, condamnés par le pape, Innocent III, l’union ne peut être réalisée au sein du royaume de France, lequel est frappé d’interdit. Le mariage est donc célébré en Normandie, terre anglaise, à l’église de Port-Mort, près des Andelys, le 23 mai. Le roi de France est absent de même que Jean sans Terre (vers 1166-1216), roi d’Angleterre.

Les époux, de douze et treize ans, sont ensuite emmenés à Paris, toujours sous interdit du pape. Le livre décrit bien l’atmosphère du Paris de l’époque, ville en perpétuel chantier — l’on y construit une enceinte de fortification et Notre-Dame — et où les débats philosophiques sont déjà vifs.

Rapidement, Blanche accomplit le rôle qui lui est dévolu : faire des enfants au prince héritier. Naissent alors deux filles et dix garçons. Cinq seulement parviennent à l’âge adulte. Parmi eux figure Louis, né en 1214, futur roi de France.

► Reine, puis régente de France

Soutien explicite de son époux, avec qui elle semble liée amoureusement (ce qui est rare pour l’époque, et compte tenu du caractère politique des mariages princiers) elle suit de près sa tentative de conquérir l’Angleterre, en 1216. Son influence politique semble importante. Elle permet par exemple que soit conclu le traité de Meaux-Paris, mettant fin à la croisade contre les Albigeois.

La mort de Philippe-Auguste, en 1223, l’élève au rang de reine de France. Son époux prend alors le nom de Louis VIII. Mais ce règne est bref : seulement trois ans. Après la mort du roi (touché par la dysenterie),  Blanche fait sacrer son fils Louis, tout en exerçant la régence jusqu’à sa majorité, en 1234.

Cependant, dans les premiers mois de la Régence, Blanche voit se liguer contre elle des barons. Ceux-ci tentent de l’affaiblir politiquement alors qu’elle est enceinte de Louis VIII, en affirmant que l’enfant qu’elle porte est en réalité un bâtard du comte de Champagne, Thibauld IV, ou de Romain de Saint-Ange, légat pontifical.

Progressivement toutefois, Blanche rallie les vassaux récalcitrants. Des figures telles que Hugues X de Lusignan (vers 1185-1249), comte de la Marche et d’Angoulême, et Pierre Mauclerc (vers 1187-1250), n’en restent pas moins rebelles à l’autorité royale. Ils envisagent d’enlever le jeune Louis, réfugié dans la forteresse de Montlhéry et sauvé in extremis par la population parisienne.

Revenue régente de plein droit, en quelque sorte, elle peut préparer l’avènement au Trône de son fils Louis, et son futur mariage, avec Marguerite de Provence. La couverture du livre représente Blanche à cette époque, qui est l’apogée de sa régence (vers 1230), à travers la plus célèbre peinture lui étant consacrée, détail d’une miniature issue de la Bible riche de Tolède (Biblia rica de Toledo), bible moralisée réalisée pour le futur roi.

► Une influence déclinante

Dès lors qu’elle marie son fils et que celui-ci règne, sous le nom de Louis IX, à partir de 1234, l’influence politique de Blanche tend logiquement à décliner. Elle se retire alors à Melun.

Louis IX se consacre ardemment à une paix franco-anglaise, tout en voulant soumettre les Poitevins et les Toulousains, alliés du royaume d’Angleterre. Le roi veut également soumettre les Albigeois et le mouvement cathare, jugé comme hérétique, qui prend de plus en plus d’importance dans le Sud du royaume. Il y parvient finalement en prenant la citadelle de Montségur, en 1244. Louis IX démontre alors qu’il prend pleinement en main les affaires du royaume, sans plus l’influence de sa mère.

Celle-ci meurt dans sa résidence de Melun, le 27 novembre 1252. Au même moment, Louis IX et Marguerite de Provence sont en croisade. Enterrée à l’abbaye de Maubuisson, à Saint-Ouen-l’Aumône, qu’elle avait fondé une dizaine d’années plus tôt, son cœur en est ultérieurement retiré, pour être transféré à l’abbaye du Lys, près de Saint-Fargeau.

► Conclusion

Minois livre ici une biographie rare, sur une figure peu connue de l’Histoire de France, et enserrée par deux règnes importants du Moyen âge : ceux de Philippe-Auguste et de Louis IX. L’auteur révèle que Blanche est bien davantage que la bellle-fille de l’un et la mère de l’autre ; elle apparaît au fil des pages comme une femme d’État, soucieux des équilibres du royaume et d’agrandir l’influence successive de son mari, puis de son fils, contre les barons locaux et la Couronne d’Angleterre.

Comme souvent chez les biographies Perrin, le livre pêche par manque d’iconographie. Il faut donc s’imaginer Blanche, bien que la couverture y aide beaucoup, et contribue à rehausser un peu le lustre de cette femme méconnue, bien traitée dans les hagiographies médiévales, mais absente de nombre d’Histoires de France, à l’instar de beaucoup de reines.

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